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DISCOURS DE LA CONSTRUCTION : Réunir les Etats généraux des BTP
Posté le 12/10/2010 | 02h55 GMT - Mis à jour le 12/10/2010 | 04h33 GMT
 
«Autour de la problématique de la construction», c’est ainsi que le présentateur de l’émission «Le Débat» à la Rts, M. Oumar Seck, a campé le riche plateau qui s’est penché sur le livre de l’ingénieur en génie civil. M. Allé Diouf était face :
  • au ministre malien de l’Industrie, des Investissements et du Commerce, M. Ahmadou Abdoulaye Diallo
  • à l’ancien ministre sénégalais de l’Urbanisme et de l’Aménagement du territoire, M Seydou Sy Sall
  • au président de la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (Cnes), M. Mansour Kama
  • au Professeur Directeur de la formation doctorale «Etudes Africaines» à l’Ucad, M. Bassirou Dieng
  • et au directeur de l’exploitation de la société de BTP Eiffage, M. Alioune Badiane et à une cinquantaine d’invités.

Le panel s’est penché sur la vieille proposition relative à la nécessaire réorganisation du secteur ; sur l’idée de tenir des Etats généraux de la construction ; sur la nécessité de fédérer les associations évoluant dans les BTP ; sur la sous-traitance ; sur l’exigence de qualité et sur l’avenir de la recommandation du Sommet Habitat II d’Istanbul 1996, sur la nécessité d'«un logement convenable pour tous», entre autres.

Un court film a présenté l’auteur à travers sa recherche constante de savoir, sa rigueur, son attachement à la qualité, autant de vertus reconnues durant les 10 années consacrées aux Journées internationales de la SSIC, cumulant par le concept Jappoo-Bac qui introduit la garantie des investissements dans la construction par l'assurance dommage ouvrage. Présenté comme «rigoureux, mais généreux dans ce qu’il fait», M. Diouf a fait face en silence au panel qui a commencé par une appréciation unanime du livre que le ministre Diallo a trouvé intemporel et pertinent, tant pour le Sénégal et le Mali que pour les pays de la sous-région. Il en a souligné le leitmotiv : «que chacun fasse le travail pour lequel il est jugé compétent!», pour dire la nécessité de respecter les questions d’expertise, de métier, de normes et d’organisation. Mansour Cama a ensuite dit sa fierté de voir ces 10 années d’échanges concrétisées dans la compilation des discours du Directeur général de la SSIC. Il a souhaité qu’un riche débat s'instaure conséquemment entre les cibles de l’auteur, qui sont les étudiants et élèves des écoles d’ingénieurs et les décideurs pour accompagner les choix économiques.

Quant à Seydou Sy Sall, il estime qu’il leur servira de livre de chevet, tout en prônant la moralisation du secteur, au-delà de sa réorganisation. Pour l’ancien ministre, «c’est le produit de la passion d’un homme», illustrant son attachement aux critères de fiabilité et de durabilité. Le professeur Bassirou Dieng retient la simplicité de la langue «acces sible à tout le monde» et «la démarche de l’intellectuel », à travers ce qu’il a appelé « sa capacité à agir sur le réel». Alioune Badiane qui a conforté ces mêmes positions estime que pour l’organisation du secteur, la responsabilité de l’Etat est également engagée.

Un secteur qui marche à «double vitesse»

M. Cama a également relativisé ces critiques parce que, selon lui, à l’exemple d’Eiffage, il existe des PME bien organisées, même s’il reconnaît que le secteur des BTP marche à «double vitesse», compte tenu de la place très importante que y occupe l’informel. Il appartient à l’Etat, dira-t-il, en tant que le plus grand donneur d’ordre à travers les grands travaux de la commande publique, de jouer pleinement son rôle de régulateur. Pour le Mali aussi, l’existence d’une économie à double vitesse pousse le ministre Amadou A. Diallo à préconiser le renforcement de l’appui des pouvoirs publics au plan institutionnel et dans le financement pour «faire évoluer le secteur informel ». Pour lui, «il faut d’abord que chacun fasse son métier et, dans la passation des marchés publics, privilégier la préférence nationale. M. Seydou Sy Sall insiste, quant à lui, sur la modernisation et la moralisation mais aussi l’application de sanctions. M. Sall met également en exergue l’importance de la formation des ressources humaine. Selon lui, il faut mener de front la qualification des entreprises et la classification selon les métiers, et procéder en fonction des capacités techniques puis financières des Pme. Une idée partagée par Alioune Badiane qui estime qu’il y a lieu de sérier les activités dans les Btp.

La tenue des Etats généraux de la construction a amplement focalisé l’attention du panel, Seydou Sy Sall la jugeant indispensable, compte tenu du poids du secteur appelé à jouer le rôle de locomotive de l’économie. Mais pour Mansour Cama, il faudrait partir des acquis, l’aménagement urbain étant devenu le défi du XXIème siècle, alors que les PME représentent 90 % du tissu économique. L’idée d’allier le contrôle aux sanctions prend tout son sens pour le ministre Abdoulaye Diallo qui souligne que le Mali a fait l’option de commencer par régler la question de l’accès à la propriété foncière.

Fédération des Associations et Allotissements pour plus d’équité

La réorganisation est également vue sous l’angle de l’union des forces. Fédérer les associations semble pourtant difficilement réalisable, si l’on en croit Alioune Badiane pour qui les syndicats sont trop en désaccord sur un certain nombre de points et souvent en compétition sur la représentativité. Selon M. Mansour Cama, Allé Diouf a toujours milité pour la cause du rassemblement, mais comme les cinq ou six plus grosses entreprises monopolisent les grands travaux de la commande publique, la question doit être de savoir s’il s’agira de partager les marchés ou de se répartir les rôles. Alors que pour le Pr Bachir Dieng, il faut trouver un cadre permettant aux plus grands de dialoguer avec les plus petits. La particularité du marché étant que, généralement, ce sont des entreprises étrangères qui contractent et font de la sous-traitance pour 80 % des tâches en tirant les plus gros profits, Seydou Sy Sall préconise une réorganisation de la dévolution de la commande aux PME sénégalaises. Les entreprises générales ont plus de chances, selon lui, mais elles doivent voir comment diviser le travail en lots suivant les corps de métier. Tout en exhortant au renforcement du rôle du maître d’oeuvre chargé de la conception. Mansour Cama s’étonne d’ailleurs du taux excessif qui est avancé, puisque selon la directive communautaire, la sous-traitance ne devrait pas dépasser 40 %. Pour Amadou Abdoulaye Diallo, il s’agit de privilégier l’allotissement dans tous les travaux locaux. Un avis partagé par Mansour Cama et Alioune Badiane qui estime que les Pme doivent tirer profit de la sous-traitance, dès lors que les critères d’attribution sont clairement spécifiés. Au même niveau que la durabilité des constructions, leur qualité est un élément transversal qui, s’il est placé au coeur des gros ouvrages, est moins bien intégré dans ce que le ministre Seydou Sy Sall appelle «la construction diffuse», notamment la réalisation des logements souvent confiée à des tâcherons. «A ce niveau, c’est parce qu’on pense que la qualité coûte cher», il, alors que l’auteur du «discours» a conclu de sa longue expérience que «c’est davantage la non-qualité qui coûte cher». Pour le Pr Dieng, la perception que les populations se font ne les incite pas à avoir recours à des bureaux de contrôle et d’études techniques, en raison des prix pratiqués. Il propose que les pouvoirs publics en charge de l’urbanisme fixent des taux maximums aux BET. En attendant, l’ambition «un toit pour tous» se pose avec acuité et le ministre malien estime qu’il s’agit de la décliner en actions concrètes. Citant l’exemple du programme de logements sociaux de son pays où 40.000 unités vont sortir de terre grâce à une défiscalisation sur tous les matériaux de construction, M. Diallo souligne qu’il faut accélérer la cadence pour faire face à l’urbanisation galopante. En prenant la parole l’auteur a rendu grâce à Dieu pour avoir mené à terme son «ouvrage» qu’il a souhaité dédier aux étudiants. Après M. Allé Diouf exhortant ces derniers au respect de l’éthique et de la déontologie de leur profession, le président Mansour Cama a lancé un appel pour que tous les chefs d’entreprises et le patronat s’engagent dans un effort collectif visant à en doter tous les élèves des écoles d’ingénieurs. Un appel bien compris par leur hôte malien qui s’est promis d’en emporter dans ses bagages.

Source : LeSoleil


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